C'est l'une des craintes les plus tenaces autour de la créatine, et l'une des plus faciles à retracer : elle repose sur une seule étude, publiée en 2009, qui n'a jamais mesuré de cheveux. Voici ce qu'elle disait réellement, et ce qui s'est passé depuis.
En résumé. Aucune étude n'a jamais rapporté de chute de cheveux chez l'humain sous créatine. L'inquiétude vient d'un travail de 2009 qui observait une hausse d'une hormone, la DHT, restée à l'intérieur des valeurs normales — sans aucune mesure capillaire. Il n'a jamais été répliqué.
D'où vient exactement cette idée
En 2009, une équipe sud-africaine publie une étude sur vingt joueurs de rugby universitaires. Le protocole : trois semaines de créatine, avec mesure de plusieurs hormones, dont la testostérone et la dihydrotestostérone — la DHT.
Résultat observé : une hausse de la DHT dans le groupe supplémenté. C'est cette ligne, et elle seule, qui a fait le tour d'internet pendant dix-sept ans.
Trois choses n'ont pas suivi. Les valeurs de DHT sont restées dans les bornes physiologiques normales. Aucune mesure de densité capillaire n'a été réalisée — l'étude ne portait tout simplement pas sur les cheveux. Et depuis, aucune équipe n'a reproduit ce résultat.
Une hormone qui monte n'est pas un cheveu qui tombe.
Pourquoi le raccourci semble logique
Il n'est pas absurde, et c'est pour ça qu'il tient.
La DHT est effectivement impliquée dans l'alopécie androgénétique — la calvitie d'origine hormonale. Les traitements de référence agissent d'ailleurs en réduisant sa production.
Mais le raisonnement saute deux étapes. Une variation à l'intérieur des valeurs normales n'a pas le même effet biologique qu'un excès chronique. Et la sensibilité des follicules à la DHT est déterminée génétiquement : c'est elle, davantage que le niveau circulant, qui décide de qui perd ses cheveux.
Autrement dit, l'étude de 2009 n'a jamais démontré ce qu'on lui fait dire. Elle a seulement rendu l'hypothèse concevable.
Ce que dit la littérature aujourd'hui
Aucune étude n'a rapporté de chute de cheveux réelle chez l'humain sous créatine3. Les revues qui ont examiné la question spécifiquement concluent que les données disponibles ne soutiennent pas ce lien.
C'est un point qu'il faut énoncer avec sa nuance : cela ne signifie pas qu'un lien a été formellement exclu. Cela signifie qu'aucune donnée ne l'établit, alors que la créatine est l'un des compléments les plus étudiés au monde, sur plus de trente ans2.
Le cas particulier des femmes
La question mérite d'être posée séparément, car elle l'est rarement.
Les travaux à l'origine de la crainte portaient sur des hommes jeunes et sportifs. Les niveaux hormonaux, la sensibilité folliculaire et les mécanismes de perte capillaire diffèrent nettement chez la femme, où l'alopécie androgénétique est moins fréquente et s'exprime autrement.
Il n'existe pas de donnée montrant un effet de la créatine sur la chevelure féminine. Il n'existe pas non plus d'étude conçue pour le chercher.
Ce qui explique le plus souvent une chute de cheveux
Si tu observes une perte capillaire, les causes documentées sont nombreuses, et la créatine n'en fait pas partie.
Une carence en fer ou en ferritine, fréquente chez les femmes qui ont des règles abondantes. Un trouble thyroïdien. Un épisode de stress intense ou une perte de poids rapide, qui provoquent une chute différée de deux à trois mois — l'effluvium télogène. Les suites d'une grossesse. Certains traitements. Et les variations hormonales de la périménopause.
Ce sont des pistes à explorer avec un médecin, par un bilan sanguin. C'est un réflexe plus utile que d'arrêter un complément.
Ce qu'il est raisonnable de retenir
Une étude de 2009, vingt participants, aucune mesure capillaire, jamais répliquée. Face à trente ans de littérature qui ne rapporte aucune chute de cheveux.
Ce n'est pas une raison d'écarter la question — c'en est une de la remettre à sa place.
Aplomb, c'est de la créatine monohydrate en stick unidose de 5 g. Un actif, une dose déjà pesée, rien d'autre.
Pour aller plus loin : la créatine chez la femme · créatine et ménopause · les 19 questions les plus fréquentes
Références
- Smith-Ryan AE, Cabre HE, Eckerson JM, Candow DG. Creatine Supplementation in Women's Health: A Lifespan Perspective. Nutrients 2021;13(3):877.
- Kreider RB et al. International Society of Sports Nutrition position stand: safety and efficacy of creatine supplementation in exercise, sport, and medicine. J Int Soc Sports Nutr 2017;14:18.
- Antonio J et al. Common questions and misconceptions about creatine supplementation: what does the scientific evidence really show? J Int Soc Sports Nutr 2021;18:13.
Article rédigé par Virginie Mauran. Ces informations sont générales et ne remplacent pas un avis médical individuel.